En bons leaders autoritaires,
@MLP_officiel et
@JLMelenchon semblent partager la même conception du débat : il est toléré tant qu’il ne va pas a l’encontre de leurs positions.
Face à des experts qui opposent des arguments solides à leurs positions, même réflexe : esquiver le fond, attaquer les personnes et laisser planer la menace de ce qui se passera quand ils seront au pouvoir.
1️⃣ Premier artifice : « C’est celui qui dit qui est. »
Côté Mélenchon, son contradicteur critiquerait « sans avancer aucun argument pour le réfuter ».
Vraiment, Jean-Luc ? Il suffit pourtant de l’écouter pour entendre une réfutation argumentée et très pédagogique. Je remets ici le lien radio.
piped.video/FrgyvmS0rec
Côté Le Pen, Terra Nova contesterait le contre-budget du RN « sans le début du commencement d’un argument ».
Ah bon ? Relis la note de Terra Nova Marine car elle ne manque pas d’éléments de fond. Prenons un seul exemple qui porte sur la bagatelle de 18 milliards d’euros de recettes supplémentaires attendues de TVA en 2031.
Terra Nova rappelle que, selon la Commission européenne, l’ensemble de la TVA non collectée en France représentait 12,1 Md€ en 2023. Ce montant englobe non seulement la fraude, mais aussi les erreurs, faillites et insolvabilités.
Le Conseil d’analyse économique estime, pour sa part, qu’une amélioration de 5 points du taux de recouvrement de la fraude à la TVA rapporterait environ 0,5 Md€ par an.
Mais le RN promet 18 Md€ !
Plus largement, son bloc « fraude » est censé améliorer le solde public de 32,5 Md€ en 2031. Or, en additionnant cinq leviers de lutte contre la fraude chiffrés par le CAE, on arrive à environ 4,1 Md€.
Huit fois moins.
Ce n’est pas une opinion. C’est un écart chiffré, confrontable aux travaux d’économistes spécialisés.
De quoi mériter une réponse sur le fond, non ?
2️⃣ Deuxième artifice : discréditer celui qui porte la critique.
Marine Le Pen présente Terra Nova comme une « succursale de feu le Parti socialiste et soutien assumé d’Emmanuel Macron ».
Mais même si cette étiquette était pertinente, ce qui n’est pas le cas, en quoi réfuterait-elle les chiffres avancés ? En quoi expliquerait-elle que les recettes promises par le RN soient si éloignées des estimations des spécialistes ?
Attaquer la source ne réfute pas les chiffres.
Jean-Luc Mélenchon, lui, accuse son contradicteur d’avoir « décidé, apparemment, de jouer contre son pays et contre la vérité », avant de dénoncer les « élites » françaises qui « tirent dans le dos ».
Cette rhétorique de la trahison nationale a de sinistres résonances historiques. Dans les années 1930, l’extrême droite française dénonçait déjà les ennemis de l’intérieur, les élites traîtresses et ceux qui, en contestant le pouvoir, seraient supposément hostiles à la nation.
Le vocabulaire change. Le mécanisme, lui, est connu et fait peur : on ne réfute plus l’adversaire, on le désigne comme un ennemi du pays.
Tout cela pourrait prêter à sourire si ces deux leaders n’étaient pas entourés de leur meute prompte à s’en prendre à ceux qui osent les contredire
Et ce qui est en jeu dépasse largement une querelle de chiffres ou d’ego. C’est la liberté d’opinion, la liberté d’association et la liberté de la presse qui sont en jeu. Des libertés que nous avons mis des décennies à construire et que nous avons tort de croire définitivement acquises.
Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder les amendements déposés par le RN visant à réduire à zéro les moyens des associations qui ne seraient pas dans la ligne du parti.
Une démocratie vacille quand elle n’accepte pas la contradiction et que ceux qui la porte sont désignés comme des traîtres. Et quand le chef prétend incarner, à lui seul, la vérité et la nation.
Le danger commence bien avant la prise du pouvoir : il commence quand on prépare les esprits à considérer toute contradiction comme une trahison. C’est ce que font ad nauseam
@MLP_officiel et
@JLMelenchon.
Que Terra Nova, succursale de feu le Parti socialiste et soutien assumé d’Emmanuel Macron, juge aussi durement mon programme - sans le début du commencement d’un argument - est une raison de plus de penser que mes propositions vont dans le bon sens.
Il n’est pas étonnant d’ailleurs qu’Édouard Philippe ait le même argumentaire : il sera le candidat du macronisme et du pire bilan économique de la Ve République.