Mon ami de Paris, vous écrivez : « Nul ne sait ce que PSPP a concrètement en tête. »
Le plan est inconnu, mais ceux qui le questionnent sont déjà les « gardiens du régime ». Pratique.
On peut souhaiter abolir la monarchie et reconnaître qu’un premier ministre québécois ne peut pas le faire tout seul. L’article 41 prévoit une procédure de modification exigeant notamment l’accord des dix provinces. Expliquer cette règle ne constitue pas un serment d’allégeance à Charles III.
Petit détail pour votre prochaine chronique : dès 1867, le pouvoir des provinces de modifier leur constitution excluait déjà la charge de lieutenant-gouverneur. Bien avant le rapatriement. Trudeau n’était même pas né.
Le désaccord politique sur 1982 mérite d’être débattu. Il ne confère toutefois aucun pouvoir magique permettant d’abolir cette fonction par une simple loi québécoise.
Mais votre plus belle pirouette demeure celle-ci : « PSPP n’est pas chicanier. »
Vous consacrez pourtant votre texte à expliquer les vertus d’une confrontation qui forcerait les défenseurs du régime à céder. Puis vous vous étonnez qu’on y voie une volonté de provoquer une chicane.
Vous reconnaissez que ce n’est pas urgent. Vous reconnaissez que la méthode est inconnue. Mais vous applaudissez déjà l’affrontement.
Pardonnez-moi de demander plutôt comment notre prochain premier ministre compte améliorer les soins, rendre le logement accessible et protéger les emplois.
Gouverner à temps plein : voilà une ambition qui mérite autant d’enthousiasme que la prochaine chicane constitutionnelle.
Monarchie : la réponse des gardiens du régime
PSPP, fidèle à son élan de 2022, entend, s’il gagne les élections, prendre les mesures nécessaires pour congédier les derniers restes de la monarchie britannique au Québec. Ce n’est évidemment pas une urgence, et personne ne l’affirme. Ce serait pourtant simple bon sens d’en finir avec le lieutenant-gouverneur. Qui, au Québec, considère que le représentant de Charles III chez nous est autre chose qu’un parasite institutionnel? Je ne parle évidemment pas de la personne mais de la fonction.
On y verra aussi une affirmation forte: la souveraineté, au Québec, appartient au peuple québécois, et rien à voir avec un monarque étranger, dont les droits chez nous remontent à la Conquête. Pourquoi faut-il que le représentant du roi signe chacune de nos lois? Nul ne sait ce que PSPP a concrètement en tête. Définancement? Abolition par la loi? Ce n’est pas clair. Mais ce geste symbolique fort pourrait agir à la manière d’un révélateur de la vraie nature du régime canadien, bien plus autoritaire qu’on ne le reconnaît.
Depuis hier, les fédéralistes médiatiques, au nom de leur objectivité revendiquée, nous expliquent doctement que le Québec ne peut pas abolir la monarchie chez lui. Ce serait im-pos-sible! Indignés, ils traitent la constitution canadienne comme un texte sacré – et n’accordent aucune importance au fait que le Québec ne l’a pas signé. Ils n’imaginent pas un instant que les constitutions sont faites pour les peuples, et pas l’inverse. On réformera la constitution selon la procédure fixée par Trudeau, et pas autrement. Certes.
Leur arrive-t-il de se questionner sur l’illégitimité fondamentale de la constitution canadienne d’un point de vue québécois? Et que se passerait-il si, comme cela s’est vu si souvent à l’échelle de l’histoire, une volonté démocratique forte confrontait l’ordre établi, et obligeait sa réforme, en obligeant surtout ses défenseurs à céder? Est-ce qu’Ottawa et ceux qui le servent chercheront vraiment à imposer la monarchie aux Québécois à tout prix? Comment l’opinion publique réagira, si ce scénario se concrétise?
PSPP n’est pas chicanier. Il cherche simplement à rappeler aux Québécois qu’ils vivent dans un ordre institutionnel absurde, dont ils ne sont pas maîtres, et cela, on l’aura compris, dépasse largement la seule question de la monarchie. Il leur démontre que le congédiement du lieutenant-gouverneur réveille les défenseurs du régime. Chose certaine, en matière de constitution canadienne, il est temps que le Québec prenne au sérieux sa non-signature.