RÉPONSE À OUSMANE SONKO, À LA SUITE DE SES CRITIQUES SUR L'ACCORD MAJEUR DU SÉNÉGAL AVEC LE FMI
Le 1er septembre 2026, le Sénégal a conclu avec les services du Fonds Monétaire International un accord de niveau des services (staff-level agreement), première étape formelle vers un programme économique et financier. Le Ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, sous l'impulsion du Président Bassirou Diomaye Faye, a livré un diagnostic chiffré et une méthode de redressement. Ousmane Sonko, président de l'Assemblée nationale, y a répondu par une mise en cause de la transparence du processus - une critique qu'il convient d'examiner avec la même rigueur que celle exigée du Gouvernement.
Le socle de cet accord repose sur des données difficilement contestables. À fin 2024, la dette de l'administration centrale atteignait 119 % du PIB, un niveau qui isole le Sénégal des critères de convergence de l'UEMOA et qui traduit une accumulation de déséquilibres bien antérieure à l'actuelle mandature. Le service de cette dette absorbe, en 2026, 25 francs CFA sur chaque tranche de 100 francs de recettes publiques mobilisées - un ratio qui, dans la littérature sur le surendettement souverain, signale un régime où la dette contraint structurellement l'espace budgétaire disponible pour l'investissement et la dépense sociale. Ces chiffres ne procèdent pas d'une estimation partisane : ils sont issus d'un audit des finances publiques portant sur la période 2019-2024, exercice de vérité budgétaire qu'aucune administration précédente n'avait mené à ce niveau de détail. Invoquer, dans ce contexte, le risque de « répéter les erreurs du passé » relève d'un contresens chronologique : ces erreurs sont précisément celles que l'audit met au jour et que le programme actuel entend corriger.
Sur la forme, la demande de publication immédiate du Mémorandum de politiques économiques et financières se heurte à une règle constante de l'architecture financière internationale : un accord de niveau des services ne devient un document public opposable qu'après validation par le Conseil d'administration du FMI, étape qui conditionne également le déclenchement des financements associés. Exiger sa divulgation avant cette validation revient à demander au Gouvernement de s'affranchir d'une procédure que respectent l'ensemble des États membres du Fonds, sénégalais compris lors des programmes antérieurs. Sur le fond, les éléments dont la publication est réclamée - traitement de la dette, soutenabilité des finances publiques, protection des ménages vulnérables, mobilisation des ressources internes - figurent déjà, de façon chiffrée, dans la déclaration ministérielle du 1er septembre : réduction des vulnérabilités du portefeuille de dette via le PTDS, apurement de 300 milliards de francs CFA de créances aux entreprises d'ici la fin de l'année, doublement de l'enveloppe des bourses de sécurité familiale à 140 milliards de francs CFA dès 2027 pour plus d'un million de familles, et annonce d'une réunion d'information dédiée dans les prochaines semaines. La critique d'opacité s'use donc au contact des faits déjà publiés.
Ce qui manque, en réalité, à l'argumentaire de Sonko, ce n'est pas la légitimité du contrôle parlementaire - elle est constitutionnellement fondée - mais une alternative budgétaire chiffrée à l'équation qui s'impose au pays : un ratio dette/PIB de 119 %, un service de la dette qui capte le quart des recettes, et une nécessité de restaurer la crédibilité souveraine pour accéder à des financements moins coûteux. Face à cette contrainte, la rigueur méthodique - diagnostic, priorisation, ciblage social - constitue une réponse plus solide que l'interpellation politique, aussi légitime soit-elle dans son principe.
En tant que membre de Kiiraay, je considère que cette trajectoire, portée avec constance par le Président Bassirou Diomaye Faye et le Ministre Cheikh Diba, mérite d'être jugée sur ses résultats plutôt que sur les termes du débat qui l'entoure. C'est cette exigence de rigueur, appliquée à tous, gouvernants comme contradicteurs, qui doit primer dans cette étape décisive de la souveraineté économique du Sénégal.
DJIBRIL GUEYE, MEMBRE DE KIRAAY
INITIATEUR & COORDINATEUR NATIONAL DE LA GOAT