Cette étudiante à bac+8, deux masters et un doctorat, a coûté à l’État environ 120 000 € de formation. Ajoutez le contrat doctoral public qui a presque certainement financé sa thèse, soit 105 000 à 120 000 € sur trois ans, et le fonctionnement d’un laboratoire de biologie, 10 000 à 30 000 € par an et par doctorant : on arrive à une fourchette de 230 000 à 300 000 €, sans compter bourses et APL si elle y avait droit. En face, elle aura versé environ 3 000 € de droits d’inscription en dix ans.
À un moment, il faut dire la vérité : un système où l’on peut enchaîner deux masters puis une thèse sans que personne, ni l’étudiant ni l’université, ne se pose la question des débouchés, forme des chômeurs. La collectivité a le droit de demander ce qu’elle finance.
Nous n’avons pas besoin de milliers de sociologues, de linguistes ou de spécialistes de la biologie des organismes quand la recherche publique en recrute quelques dizaines par an. Le droit à la formation existe ; le droit à être formé indéfiniment aux frais de tous, non.
Dans quel monde ils ont vécu toutes ces années. 🤦♂️
Ils ont choisi leurs études selon leurs envies, leurs centres d’intérêt, parfois leurs convictions idéologiques, en se souciant peu des débouchés. Le marché du travail ? On verrait plus tard. L’État trouverait bien une solution. Après tout, avec autant de diplômes, la société leur devait forcément quelque chose.
Et puis les études se terminent. Et là, surprise : personne ne les attend. 😱
Cela fait pourtant vingt ans qu’on explique que certaines filières en histoire, sociologie, philosophie ou littérature offrent des perspectives professionnelles limitées. Vingt ans qu’on voit des amphithéâtres se remplir d’étudiants qui semblent découvrir, à 25 ou 30 ans, que leur diplôme intéresse assez peu les employeurs.
Pendant ce temps, on manque de professionnels dans le bâtiment, la restauration, le soin, et de compétences techniques dans de nombreux secteurs.
Alors évidemment, se retrouver sans emploi après huit années d’études, c’est difficile. Mais à quel moment a-t-on décrété que les choix individuels devaient automatiquement devenir des obligations collectives ?
Un diplôme prouve qu’on a suivi et validé des études. Il ne prouve même pas nécessairement qu’on possède les compétences recherchées par une entreprise. Et surtout, il ne donne aucun droit sur le travail d’autrui.
On peut aimer la philosophie, consacrer sa jeunesse à l’histoire médiévale ou faire une thèse sur les représentations du genre dans la littérature du XIXe siècle. Très bien. Mais il faut aussi accepter que la société ait d’autres besoins que ceux auxquels on a décidé de se former.
Il reste alors à apprendre autre chose, à se reconvertir, à entreprendre, à s’adapter. C’est parfois ingrat, parfois difficile, mais c’est aussi cela, devenir adulte.
À force de leur expliquer que tous leurs désirs étaient des droits, on a fabriqué des diplômés qui considèrent désormais la réalité comme une injustice.
La Fontaine avait trouvé la conclusion il y a trois siècles : « Vous chantiez ? J’en suis fort aise. Eh bien ! dansez maintenant. »