CE QUE J'AI MESURà PENDANT CINQ JOURS. Des départs de feu, des puissances en mégawatts, des rotations d'avions, des particules dans l'air. Rien d'inventé : des faits.
CE FEU S'INSCRIT DANS UN CLIMAT QUI CHANGE. Les 24 et 25 juin, la France a connu ses jours les plus chauds jamais enregistrés : 42,5 °C à Bordeaux. Ce n'est pas une opinion, c'est un relevé. Et c'est précisément pour ça que la façon dont on décide compte autant.
ON VOUS OBLIGE Ă DĂBROUSSAILLER, ET ON VOUS LE REPROCHE. En Gironde, dĂ©broussailler autour de sa maison est obligatoire. C'est aussi la mesure la plus efficace qui existe pour qu'une maison rĂ©siste au feu. Mais le Conseil d'Ătat a jugĂ© le 6 fĂ©vrier dernier que ces travaux peuvent exiger une autorisation spĂ©ciale s'ils dĂ©rangent des espĂšces protĂ©gĂ©es. Deux rĂšgles se contredisent : vous ĂȘtes en faute si vous ne dĂ©broussaillez pas, et vous pouvez l'ĂȘtre si vous le faites. Cinq mois plus tard, 240 maisons ont brĂ»lĂ©.
LA CHALEUR TUE, ET ON LE SAIT DEPUIS 2003. Cet Ă©tĂ©, 5 764 dĂ©cĂšs en excĂšs en seize jours. En 2003, environ 15 000. Entre les deux, vingt-trois ans. On a Ă©crit des plans canicule, et on continue de livrer des bĂątiments publics, hĂŽpitaux et EHPAD compris, dont le rafraĂźchissement est le premier poste sacrifiĂ© pour tenir un objectif Ă©nergĂ©tique. L'hĂŽpital n'est pas un lieu de militantisme, c'est un lieu oĂč l'on essaie de survivre.
ALORS ON NE PEUT PAS S'OPPOSER Ă LA CLIMATISATION. Ni dans les hĂŽpitaux, ni dans les EHPAD, ni chez les gens qui veulent en installer une. En France, cette climatisation tourne Ă l'Ă©lectricitĂ© nuclĂ©aire â la source la plus dĂ©carbonĂ©e parmi celles qui produisent en continu, sans dĂ©pendre du vent ni du soleil. Refuser le froid Ă ceux qui en ont besoin, dans un des pays qui a l'Ă©lectricitĂ© la plus propre d'Europe pour le produire, ce n'est pas de l'Ă©cologie : c'est une position doctrinale qui coĂ»te des vies l'Ă©tĂ©.
LE NUCLĂAIRE, CONDAMNĂ PAR PRINCIPE. Le GIEC chiffre ses Ă©missions sur tout son cycle de vie Ă une douzaine de grammes de COâ par kilowattheure â au niveau de l'Ă©olien terrestre, et quarante Ă cinquante fois moins que le gaz. La France lui doit d'avoir l'une des Ă©lectricitĂ©s les plus propres d'Europe, et excĂ©dentaire : nous vendons rĂ©guliĂšrement nos surplus Ă nos voisins. Il nous donne aussi une indĂ©pendance Ă©nergĂ©tique stratĂ©gique, Ă l'abri du chantage sur le pĂ©trole et le gaz russes. On a pourtant fermĂ© Fessenheim en 2020 sans qu'aucun bilan bĂ©nĂ©fice-risque public ait Ă©tĂ© opposĂ© aux gigawattheures de gaz et de charbon qui ont comblĂ© le trou.
L'ĂCOLOGIE QUI CULPABILISE NE SAUVE PERSONNE. On demande aux gens de faire pipi sous la douche pour Ă©conomiser une chasse d'eau, alors que cela n'a factuellement aucun effet sur le problĂšme. Mais ça donne bonne conscience Ă celui qui prescrit, et Ă celui qui obĂ©it. Cette Ă©cologie-lĂ a un avantage : elle ne coĂ»te rien Ă ceux qui la prescrivent. Elle a un dĂ©faut : elle ne rĂ©sout aucun problĂšme, et elle Ă©puise le consentement du public pour les mesures qui, elles, comptent.
Puisque l'on parle de Bordeaux et de la Gironde :
L'EXEMPLE DU VOL BORDEAUX-ORLY. Depuis le dĂ©cret du 22 mai 2023, la ligne aĂ©rienne Orly-Bordeaux est interdite pour promouvoir le train. Mais le vol Bordeaux-Roissy reste autorisĂ©, pour un temps de trajet quasi identique â parce que la gare de rĂ©fĂ©rence retenue est celle de l'aĂ©roport, et parce que les vols en correspondance sont exemptĂ©s. MĂȘme trajet, mĂȘme avion, mĂȘme carbone : une mesure absurde, mais qui donne bonne conscience. Laissons les gens choisir Orly ou Roissy. Si l'avion est vraiment moins compĂ©titif que le train en prix comme en temps, la ligne mourra d'elle-mĂȘme. Interdire l'une et autoriser l'autre, ce n'est pas de l'Ă©cologie, c'est de la dĂ©magogie verte â du greenwashing politique, qui fait marquer des points en campagne et en fait perdre sur les vrais problĂšmes.
CE QUI MANQUE Ă TOUTES CES DĂCISIONS. Une seule chose, et c'est la mĂȘme Ă chaque fois : une analyse bĂ©nĂ©fice-risque (une demarche scientifique). La mĂ©decine ne s'en dispense jamais. On n'y interdit pas un traitement parce qu'il prĂ©sente un risque ; on compare ce risque au bĂ©nĂ©fice, et au risque de ne rien faire. Un mĂ©dicament qui, pendant ses essais, s'est rĂ©vĂ©lĂ© mortel pour une poignĂ©e de patients peut ĂȘtre autorisĂ© â non pas contre ces quelques-lĂ , mais parce qu'il en sauvera des millions d'autres. L'aspirine provoque chaque annĂ©e des hĂ©morragies digestives mortelles : elle reste en vente libre, parce que le bĂ©nĂ©fice Ă©crase le risque. Et prenez la cacahuĂšte : elle ne sauve personne, et l'allergie qu'elle dĂ©clenche tue. On ne l'a pas interdite pour autant â on Ă©tiquette, on informe, on met de l'adrĂ©naline Ă portĂ©e de main. VoilĂ ce que c'est, gĂ©rer un risque plutĂŽt que se rassurer. En politique environnementale, on invoque le principe de prĂ©caution parce qu'il donne l'impression de prendre une part active Ă la solution â trĂšs utile pour un responsable politique â alors qu'en rĂ©alitĂ© on creuse le problĂšme. Le risque de l'action est scrutĂ© ; le risque de l'inaction, jamais chiffrĂ©.
CE QUE JE DIS VRAIMENT. Ceux qui se drapent aujourd'hui dans un bandeau écologique font beaucoup de mal aux mesures qui nous feraient réellement avancer. En médecine, on a un nom pour ça : le retard de soin. Ce n'est pas le traitement qui tue, c'est le temps perdu avant de le donner. Le climat mérite mieux que des symboles.