Le centre européen est-il devenu la meilleure fabrique des extrêmes ?
Il se passe quelque chose de profondément inquiétant en Europe.
Pour gagner les élections, les partis du centre empruntent le discours de la droite : moins de dépenses publiques, moins d’impôts, davantage de responsabilité, réforme de l’État, retour au travail, fin des privilèges.
Macron en France, Les Engagés en Belgique, la CDU de Merz en Allemagne, le VVD aux Pays-Bas… Les exemples et les nuances diffèrent, mais une même contradiction apparaît : les promesses de rupture se heurtent rapidement à la réalité du pouvoir.
Une fois aux commandes, les compromis reprennent le dessus. Les dépenses résistent, les structures administratives se perpétuent, les subventions deviennent intouchables et les intérêts organisés conservent leur influence.
Pourquoi est-il si difficile de supprimer les privilèges d’un système ?
Parce que chaque privilège possède un bénéficiaire identifiable, organisé et politiquement influent. Alors que son coût est dispersé entre des millions de contribuables qui n’ont ni lobby ni porte-parole.
Le politique choisit trop souvent la tranquillité immédiate plutôt que le courage de la réforme.
Mais ce renoncement a un prix. Il nourrit le sentiment que les élections ne changent plus rien, que les partis traditionnels se ressemblent tous et que le système protège davantage ceux qui en vivent que ceux qui le financent.
Et pendant ce temps, les Mélenchon, Hedebouw et autres populistes prospèrent sur cette défiance. Ils n’ont pas inventé la colère. Ils savent parfaitement l’exploiter.
Le plus inquiétant est peut-être là : les partis qui prétendent faire barrage aux extrêmes contribuent eux-mêmes à leur progression.
Alors, posons la vraie question : combien de temps les électeurs accepteront-ils de voter pour le changement et de recevoir, à chaque fois, une nouvelle version du même système ?