Je me suis un peu intéressé au réseau Canopea, et franchement, ça vaut le détour.
On pense tomber sur des associations qui parlent biodiversitĂ©, compost et pistes cyclables. En rĂ©alitĂ©, on trouve aussi tout un petit monde qui veut changer nos habitudes, nos dĂ©placements, notre alimentation, notre consommation, lâĂ©cole, lâĂ©conomie⊠et mĂȘme notre âintĂ©rieurâ.
Quelques exemples.
Les Amis de la Terre ne parlent pas seulement dâĂ©cologie. Ils parlent de âchangement global de sociĂ©tĂ©â, de dĂ©croissance, de simplicitĂ© volontaire et de groupes locaux pour apprendre Ă vivre autrement. Donc pas juste âtriez vos dĂ©chetsâ, plutĂŽt ârepensez toute votre vie, merciâ.
Le RĂ©seau Transition propose la âtransition intĂ©rieureâ : mĂ©ditation, mĂ©tĂ©o intĂ©rieure, reconnexion au vivant, transformation personnelle.
LâInstitut Eco-Conseil forme des âambassadeurs de la transitionâ. Pas des techniciens, pas seulement des conseillers : des ambassadeurs. Des gens formĂ©s pour porter un message et accompagner le changement dans les organisations.
Le RĂ©seau IDĂ©e travaille avec les enseignants, animateurs, formateurs et parents. En clair : ceux qui transmettent aux enfants. On appelle ça âsensibilisationâ. Dâautres appelleraient ça entrer dans les tĂȘtes.
Et Shift Modal parle de lutte contre la âsuprĂ©matie de lâautoâ. La voiture nâest donc plus simplement un moyen de transport utile pour aller travailler, vivre Ă la campagne ou conduire ses enfants. Non : câest une domination Ă combattre.
Bref, allez voir par vous-mĂȘmes. Faites-vous votre idĂ©e. Ce rĂ©seau ne fait pas seulement de lâenvironnement. Il produit des idĂ©es, des formations, des relais, des animations, des rĂ©cits, des groupes, des pratiques et une vision trĂšs prĂ©cise de la âbonneâ maniĂšre de vivre.
TrĂšs chouette ⊠Et souvent avec lâargent public pas trĂšs loin (câest trĂšs difficile dâidentifier qui reçoit quoi et de qui) ?
La bureaucratie verte nâest pas lâĂ©cologie
Le dĂ©bat est souvent piĂ©gĂ© dĂšs le dĂ©part. DĂšs quâon parle de simplifier les rĂšgles, certains rĂ©pondent comme si lâon voulait supprimer toute protection de lâenvironnement. Câest faux.
Simplifier, ce nâest pas laisser polluer.
Simplifier, ce nâest pas dĂ©truire la nature.
Simplifier, ce nâest pas donner un chĂšque en blanc aux entreprises.
Simplifier, câest refuser quâune cause lĂ©gitime devienne un prĂ©texte Ă multiplier les procĂ©dures, les interdictions, les recours, les comitĂ©s, les avis obligatoires et les couches administratives qui paralysent tout.
Câest lĂ que le cas de Canopea est intĂ©ressant. Canopea se prĂ©sente comme une fĂ©dĂ©ration environnementale. TrĂšs bien. Mais dans les faits, câest aussi une structure dâinfluence politique. Elle fĂ©dĂšre des associations, produit des positions, intervient dans le dĂ©bat public, pĂšse sur les dĂ©cisions, participe Ă des conseils dâavis et pousse des revendications vers les autoritĂ©s.
Le problĂšme nâest pas quâune association dĂ©fende ses idĂ©es. Câest parfaitement normal.
Le problĂšme commence quand ces associations deviennent des rouages permanents de la dĂ©cision publique, tout en se prĂ©sentant comme une simple âsociĂ©tĂ© civileâ. Ă force de campagnes, de consultations, de mĂ©morandums, de recours et de pressions, elles finissent par transformer presque chaque projet en suspect : construire, rĂ©nover, circuler, investir, produire de lâĂ©nergie, dĂ©velopper une infrastructure, faire de la publicitĂ©, lancer une activitĂ© Ă©conomique.
On ne demande plus seulement : ce projet cause-t-il un dommage réel ?
On demande : ce projet correspond-il Ă la vision idĂ©ologique dâun rĂ©seau dâASBL, dâexperts et dâadministrations ?
Et ce glissement est énorme.
Une Ă©cologie saine devrait ĂȘtre simple : si vous polluez, vous rĂ©parez. Si vous causez un dommage mesurable, vous indemnisez. Si vous dĂ©truisez la propriĂ©tĂ© ou la santĂ© dâautrui, vous ĂȘtes responsable. VoilĂ une rĂšgle claire, juste, comprĂ©hensible.
Mais lâĂ©cologie bureaucratique fonctionne autrement. Elle part de la suspicion. Elle considĂšre que produire, construire, consommer, se dĂ©placer ou investir est problĂ©matique par dĂ©faut. Elle prĂ©fĂšre la permission prĂ©alable Ă la responsabilitĂ© rĂ©elle.
Dans une sociĂ©tĂ© libre, le principe devrait ĂȘtre :
vous pouvez agir, mais vous assumez les conséquences de vos actes.
Dans une société administrée, le principe devient :
vous ne pouvez pas agir tant quâun ensemble de commissions, dâassociations et dâautoritĂ©s nâa pas validĂ© votre projet.
Ce nâest plus de lâĂ©cologie. Câest une sociĂ©tĂ© dâautorisation.
Et cela devient encore plus prĂ©occupant quand on regarde certaines positions dĂ©fendues par des ASBL de cet Ă©cosystĂšme : dĂ©croissance, limitation de la publicitĂ©, restriction de la voiture, hostilitĂ© Ă certaines infrastructures Ă©nergĂ©tiques, suspicion permanente envers le marchĂ©, la croissance, lâindustrie et la consommation.
On peut évidemment débattre de ces idées. Mais il faut cesser de faire comme si elles étaient neutres. Elles ne concernent pas seulement la pollution. Elles touchent directement à la maniÚre dont les gens vivent : comment ils se déplacent, se chauffent, achÚtent, vendent, construisent, travaillent et consomment.
On ne dit plus simplement : âNe polluez pas la riviĂšre.â
On dit progressivement : âVotre mode de vie doit ĂȘtre rĂ©orientĂ© politiquement.â
Câest cela qui doit ĂȘtre dĂ©noncĂ©.
Le mĂȘme mĂ©canisme existe avec certaines grandes organisations subventionnĂ©es comme 11.11.11. Sous les mots âsensibilisationâ, âcampagneâ, âplaidoyerâ ou âmobilisationâ, on trouve en rĂ©alitĂ© une puissante machine dâinfluence : produire un rĂ©cit, orienter lâopinion, faire pression sur les dĂ©cideurs, pousser certaines politiques publiques. 1/2